Les adolescents : une dette de sommeil préjudiciable

Selon des enquêtes récentes*, près de 30% des 15-19 ans sont en dette de sommeil, et à 15 ans, 25% d’entre-eux dorment moins de 7 heures par nuit. Or ils devraient dormir en moyenne 9h30 ! Ce déficit de repos nocturne, repos dont les rôles fondamentaux sur le bien-être et l’équilibre physique et psychique sont montrés par de nombreux travaux, est souvent lié à l’utilisation chronique et chronophage des nouvelles technologies… avec des conséquences multiples sur leur vie quotidienne et sur leur santé. Une « éducation » au sommeil, des compromis s’imposent…

* HBSC 2010 (Health Behaviour in School-aged Children) et Baromètre santé Inpes 2010

Le sommeil de l’adolescent : adapté aux bouleversements hormonaux

Jean-Pierre Giordanella, médecin auteur d’un rapport sur le sommeil pour le ministère de la santé, recommande dès 2006 une « durée minimum de sommeil entre 8 et 9 heures à l’adolescence, l’heure limite de coucher ne devant pas dépasser 22h ». Des recommandations qui sont loin d’être suivies ! On observe en effet chez les adolescents des couchers tardifs et des levers tardifs, ou très tardifs le week-end, quand les contraintes sociales s’effacent : on parle de décalage de phase, ici un retard de phase. Ces décalages ont au départ des causes physiologiques : les cycles circadiens (veille/sommeil) de l'adolescent sont perturbés par les poussées hormonales de la puberté ; ainsi l’abaissement de la température corporelle qui favorise le sommeil s’effectue plus tardivement, la sécrétion de mélatonine est aussi plus tardive dans la soirée, celle de cortisol est décalée aussi dans la matinée. Ce remue-ménage hormonal a toujours existé mais est fini le temps où un bon livre permettait d’attendre la venue du sommeil…

A savoir : les ados tentent de rattraper le manque de sommeil le week-end mais la dette n’est pas toujours effacée.

La très grasse matinée du dimanche les empêche de s’endormir à une heure « normale » le soir et désynchronise le rythme de sommeil. Il faudrait donc que les adolescents se lèvent au plus tard à 10h00 le dimanche pour éviter le décalage horaire du lundi !

Sommeil et écrans : une compétition préjudiciable pour les ados

L’adolescent apprécie de veiller tard, c’est un moyen de s’indivualiser, de « s’opposer ». Les nouvelles technologies lui offrent aujourd’hui un large éventail d’activités vespérales voire nocturnes : films, envoi de SMS, jeux en ligne, tchat… Bien souvent à l’insu des parents. Ces pratiques sont bien sûr chronophages (le temps file…) et retardent le coucher. Mais elles sont surtout excitantes. En effet les sources lumineuses retardent la sécrétion de mélatonine (celle-ci a besoin de la baisse de luminosité voire de l’obscurité) et les lumières bleutées des écrans l’inhibent. L’éveil est stimulé, le temps de sommeil réduit… le réveil laborieux.

Une dette de sommeil nuisible pour sa santé d’aujourd’hui et de demain

Cette dette de sommeil de l’adolescent va avoir des incidences :

  • Immédiates :

    la journée, il n’est pas rare que la somnolence se manifeste, avec bien sûr fatigue et troubles de l’humeur et risque d’accidents de la circulation. Les performances cognitives sont affectées : attention, apprentissage, mémorisation.

    la nuit, la production de l’hormone de croissance est perturbée, les déchets toxiques mal éliminés, la glycémie et l’appétit, par des jeux hormonaux liés aux cycles circadiens, sont mal régulées.

  • Futures :
    Le risque d’obésité, de diabète de type 2, cardiovasculaire est majoré chez l’ado qui dort moins de sept heures par nuit. Le risque de dépression est aussi supérieur pour l’ado qui se couche après minuit de façon répétée.

Autre conséquence à signaler : tous les spécialistes sont unanimes pour dire que « c’est dans l’enfance et l’adolescence que se forgent les bonnes habitudes dont l’hygiène du sommeil ».
Ces mauvaise habitudes prises à l’adolescence, si elles perdurent auront des répercussions à coût sûr chez l’adulte de demain…

Que faire ?

En tant que parents, apprendre à connaître le sommeil et son importance, «montrer l’exemple». On comprend que des parents au sommeil trop court ou irrégulier ne peuvent pas ou moins facilement exiger de leurs enfants des horaires de coucher réguliers et une durée de sommeil suffisante… c’est ce que montre une étude récente conseillant aux parents de «s’éduquer» eux-mêmes au sommeil.

blog.santelog.com : blog.santelog.com/sommeil-de-lenfant-mode-de-vie-des-parents

  Expliquer les rôles du sommeil (pour l’ado, c’est souvent une perte de temps !) sur la cognition, le poids, la croissance, l’humeur et plus…
Rappeler les règles d’un sommeil de qualité avec l’importance du dîner, du silence, de l’obscurité, de l’activité physique en journée…
Etre diplomate mais aussi faire confiance en passant un contrat pour une «déconnexion» à heure raisonnable fixée.