L'intestin, pilier majeur de la santé

Objet de multiples découvertes récentes (diversité du microbiote, lien avec le cerveau...), pour la communauté scientifique l'intestin est à l'honneur.
Et l'on commence à comprendre son rôle-pivot dans la santé, bien-sûr indissociable de l'alimentation, comme l'avaient montré les Dr Kousmine et Seignalet.

L'intestin, un organe prodigieux

Le microbiote ou flore intestinale, qui a ravi la vedette ces derniers temps, a presque fait oublier tous les autres éléments de l’intestin : la muqueuse et ses rôles, son système nerveux, sa communication avec le cerveau… C’est à eux que nous nous intéresserons dans ce dossier même s’ils sont étroitement interdépendants.

L’intestin grêle : une usine chimique pour digérer et « un laissez-passer » pour les nutriments

Pas moins de 5 mètres de long pour parachever la digestion des aliments (après le broyage dans la bouche et l'homogénéisation dans l'estomac, le tout dans un bain d'enzymes spécifiques). Avec le renfort d'enzymes pancréatiques et hépatique (la bile), les grosses molécules alimentaires continuent de se fragmenter en petits éléments ou nutriments (sucres, acides aminés, acides gras, vitamines, minéraux).

Mais son rôle ne s'arrête pas là: les nutriments doivent être absorbés c'est-à-dire passer dans le sang. Pour cela une structure particulière : une muqueuse, constituée de cellules appelées entérocytes, qui se replie et ondule, hérissée de millions de villosités, elles-mêmes couvertes de microvillosités ; on parle de « bordure en brosse ». Dépliée celle-ci a une surface de 400 m2 équivalente à la surface d’un terrain de basket. De quoi être très efficace pour absorber au plus vite et au mieux les nutriments. Cette muqueuse se renouvelle en permanence, les entérocytes vivant de 2 à 6 jours, elle est de plus très mince (4/100 de mm).

L’intestin grêle : une barrière protectrice avec un sens interdit pour certaines molécules

Les entérocytes sont soudés à leur partie supérieure par des protéines formant une jonction étanche prévenant le passage de molécules indésirables - toxines, allergènes, bactéries - à travers l’espace entre 2 cellules pour pénétrer dans la circulation. Des cellules à mucus viennent compléter cette barrière mécanique de l’intestin. Il faut y ajouter la protection assurée par le système immunitaire et le microbiote intestinaux.
Ainsi l’intégrité de l’intestin est assurée par ce trio : muqueuse, système immunitaire et microbiote.

Bordure de l'intestin

La glutamine : carburant préféré des entérocytes

Les cellules intestinales ont un renouvellement rapide. Pour cela elles ont besoin de glutamine, un acide aminé qui leur fournit l’énergie nécessaire à leur développement, indispensable à l’intégrité de la barrière. La glutamine agit aussi sur le système immunitaire intestinal puisque indispensable au développement et à l’action des cellules immunitaires.
Certaines situations entraînent une importante surconsommation de cet acide aminé tels stress traumatiques, infections, inflammations… et toute situation où l’intégrité de la muqueuse intestinale est compromise.

Le gros intestin

1,5 mètres seulement de son entrée (le cœcum) à sa sortie (le rectum). Entre les 2, le côlon qui pousse les résidus vers la sortie. Les colonocytes (ou cellules du côlon) possèdent une bordure en brosse hautement spécialisée dans la réabsorption active de l’eau. La digestion colique est exclusivement assurée par la flore bactérienne (c’est dans le côlon qu’elle est la plus importante en nombre) qui, par des phénomènes de fermentation et de putréfaction, assure la dégradation de résidus alimentaires ayant échappé à la digestion, en particulier les fibres, en produisant des substances utiles / vitamines, acides gras ou glucose.

Pas de carburant pour les colonocytes sans fibres prébiotiques

Les fibres prébiotiques sont des fibres végétales (légumineuses, fruits secs, certaines céréales et certains légumes) qui vont résister à la digestion dans l’intestin grêle et atteindre le côlon où elles vont agir un peu comme un engrais en nourrissant des bactéries intestinales protectrices, leur permettant de se multiplier. Ces bactéries bénéfiques produisent des composés, en particulier du butyrate, qui assurent l’apport en énergie pour les cellules du côlon donc leur renouvellement indispensable.

Le ventre : un deuxième cerveau !

Plus de 100 millions de neurones -c’est-à-dire autant que dans la moelle épinière- une vingtaine de messagers ou neuromédiateurs (les mêmes que dans le cerveau), une grande richesse de connexions : c’est le système nerveux de l’intestin –dit entérique- qui tapisse tout l’intestin et fonctionne de façon indépendante même si relié par le nerf vague au cerveau.

Quantités de messages sont ainsi échangés entre les 2 cerveaux. Le microbiote participe aussi activement à ces échanges. Or le stress chronique et les émotions peuvent modifier la composition de la flore intestinale par la libération d’hormones du stress et de neuromédiateurs. On note aussi une modification des neurones digestifs avec une diminution de la sensibilité du tube digestif, en particulier de l’intestin. « Avoir la peur au ventre, la boule au ventre, le ventre noué… » : autant d’expressions populaires qui montrent cette liaison entre les 2 cerveaux.

Quand l’intestin devient trop perméable

De nombreux éléments environnementaux peuvent avoir un effet sur la perméabilité intestinale (on parle d’hyperperméabilité) :

  • le stress chronique ;
  • l’alimentation déséquilibrée (trop industrialisée, trop riche en protéines animales, en graisses saturées, en sucre, déficit en vitamine D, en zinc,…), par action sur le microbiote. Selon le terrain, la caséine, protéine du lait et des produits laitiers, et le gluten, peuvent aussi être des facteurs favorisant ;
  • certains médicaments (anti-inflammatoires, antibiotiques, anti-acide…) ;
  • des produits chimiques (perturbateurs endocriniens, pesticides…) ;
  • le sport très intensif ou en très haute altitude.

De nombreuses personnes cumulent aujourd’hui ces facteurs de risque.

La muqueuse intestinale joue alors mal son rôle d’absorption avec pour conséquences :

  • s’il y a mauvaise absorption des acides aminés : une carence en neuromédiateurs essentiels au bon fonctionnement du système nerveux ;
  • s’il y a mauvaise absorption des acides gras : des carences hormonales ou en vitamine D ;
  • s’il y a mauvaise absorption des glucides : des hypoglycémies…
  • s’il y a mauvaise absorption des minéraux et oligo : un fonctionnement des organes perturbé.

Le tout avec une réaction excessive du système immunitaire liée au passage de molécules indésirables. Les conséquences : des réactions d’intolérance, d’allergie, d’inflammation chronique source de douleurs/ syndrome de l’intestin irritable, maladies auto-immunes, fatigue par carences en micronutriments (on retrouve ici les résultats des travaux des Dr Kousmine et Seignalet).

Quelques conseils pour digérer au mieux aliments et émotions et garder une muqueuse intestinale saine

Mastiquer encore et encore… la digestion est un travail à la chaîne et si le 1er maillon, la bouche, ne fait pas son travail, il y a surcharge pour les autres.
Manger dans le calme, sans activité annexe.
S’aérer, faire du sport, se relaxer le plus souvent possible.

1. Rectifier son alimentation pour éviter l’excès de fermentations et putréfactions intestinales sources de ballonnements, flatulences et distensions. « Comment manger sainement » Oui aux aromates et fines herbes aux propriétés antioxydantes, bourrés de minéraux et oligoéléments surtout s’ils sont consommés frais.

2. Entretenir ou rétablir l’équilibre de la flore intestinale en consommant des aliments riches en ferments lactiques (choucroute, pain au levain, olives…) ou en fibres prébiotiques.
Mettez au menu poireau, panais, légumineuses, choux, topinambour, endive, banane, pomme, poire, fruits secs…

3. Soutenir la muqueuse intestinale dans sa fonction de barrière et d’absorption des nutriments :

  • par apport de nutriments-clé :

    • La glutamine, que l’on trouve dans la viande, le poisson, les œufs, les produits de la mer, les légumineuses, les épinards, le persil et les oléagineux (noix, noisettes, amandes...

      Attention si on fait un régime excluant les produits laitiers et le gluten, on favorise un apport alimentaire en glutamine insuffisant.
    • Le butyrate, source d’énergie pour les cellules du côlon surtout, mais aussi facteur important pour le maintien de la santé intestinale : important pour la modulation du système immunitaire, la régulation de la barrière intestinale, la réduction du stress oxydatif, la modulation de sensibilité de l’intestin*. Celui-ci est produit par les bactéries intestinales qui fermentent les fibres végétales à effet prébiotique.
    • La vitamine B2 : apportée par le lait, les œufs, la viande maigre… elle contribue au maintien des muqueuses normales, dont celle de l’intestin.

  • en limitant ou retirant tout ce qui irrite la muqueuse :

    • diminuer la consommation de sucre, graisses saturées, viande rouge.
    • sur des terraines fragilisés, réduire ou exclure les aliments potentiellement allergéniques/ gluten, lactose… ou favorisant trop de fermentations (les FODMAP). Les réintroduire ensuite progressivement selon les conseils de votre thérapeute.

4. Favoriser le bien-être « mental » en misant sur les aliments favorisant la production de neurotransmetteurs « apaisants » par l’intestin :

    • la sérotonine (90% est produite au niveau intestinal) : banane, avocat, betterave, amande, brocoli, figue…
    • le GABA « anti-anxiété » par la consommation de fibres prébiotiques qui augmentent la production du butyrate favorable à l’augmentation du GABA.

*Butyrate: implications for intestinal function. Leonel AJ et al. Curr Opin Clin Nutr Metab Care. 2012.

Le saviez-vous ?

Les fibres prébiotiques et leurs rôles :

  • elles améliorent l’absorption du calcium, du magnésium, de fer et du zinc.
  • elles favorisent la production de butyrate, nutriment des cellules du côlon => régénération des cellules.
  • elles renforcent l’activité enzymatique et l’équilibre bactérien intestinaux.

POUR EN SAVOIR PLUS

Soignez le côlon irritable naturellement
Dr Jacques MEDART
Editions Thierry Souccar • Octobre 2015



Mes petites recettes magiques sans Fodmaps
Dr Pierre NYS
Editions Leduc • Octobre 2015



Le charme discret de l'intestin
Giulia ENDERS
Editions Actes Sud • Avril 2015